Et la Tendresse ?
En diffusion
- Clément GœthalsConception, mise en scène
- Hélène BeutinDramaturge, scénographe
- Lucile CharnierNina LombardoAdrien LetartreAurélien LabruyèreFrançois GillerotInterprétation
- Harry CharlierCréation sonore
- Marine VanhaesendonckCréation costumes
- Clément LonguevilleCréation lumière
- Evelyne de la ChenelièreCo-auteure
- Audrey BrookingAide à la production
- La FACTProduction
- La Maison de la Culture de Tournai, Probedones d’AbaigtCoproduction
- La CITF, Le BIJ, L’OFQJ, NEXT ArtsfestivalAvec le soutien de
- (e)utopia 3, Théâtre du Peuple de Bussang, Espace Libre et NTE de Montréal, Alain Platel , Vincent Goethals, Les étudiants de dernière année de l’ENTCAvec l’aide de
Et la Tendresse ? est le premier volet d’un cycle autour de la Jeunesse. La Jeunesse dans tout ce qu’elle a de révolté, d’éperdu, dans toutes ses fainéantises et ses rêves toujours plus grands. Pour ce premier volet, j’ai voulu me centrer sur l’idée de perdition en suivant le parcours d’une Fille qui Marche, accompagnée de quatre mythes d’individus qui représentent des parties d’elle-même, échappant peu à peu à son contrôle.
Par quoi commencer, si ce n’est la jeunesse. Les premiers rendez-vous avec le réel à la découverte des sens. Corps vierges à l’affût de tout ce qui bouge, tout ce qui vibre, où l’on goûte tout. Toutes les matières auxquelles je me frotte, je les mets à la bouche, je les renifle, je les écoute. Le temps de l’indéfinissable exploration d’être au vivant. Quand je parle de cette jeunesse, elle porte le grand J et dépasse la question des âges. Je parle de la jeunesse qui se balade dans tous les corps, celle en perpétuel apprentissage de la liberté. En quête d’équilibre, de bonheur. La jeunesse, celle qui regarde l’infini, là-bas au loin. Qui le caresse et qu’y vient s’y jeter, s’y perdre.
Pourtant, il semble si difficile d’accorder une place à notre propre jeunesse, à notre insouciance vaincue par les responsabilités pragmatiques. Je nous regarde et je vois cette jeunesse victime de tout un pilonnage sans merci, qui n’a pour but que son inhibition. Abattre l’ultime provocation de l’enfance. Se mettre en sécurité, se sauver, a pris une place en nous si grande que nous en perdons les chemins de la liberté.
Comment ne pas parler dès lors de la peur ? De l’ignorance ? Des bras ballants le long du corps jusqu’à s’égratigner les mains sur le sol ? Se lever chaque matin peut devenir chose difficile, on n’en peut plus de retourner, tous les jours, la barque qui a pris l’eau. La pente naturelle vers laquelle nous nous dirigeons aujourd’hui, c’est celle de l’aigreur et de l’amertume avec ses : « On ne peut rien y faire », et ses « Qu’est-ce que je peux faire? J’sais pas quoi faire » …
Comment, dans cette morosité, redécouvrir l’autre, dans la poésie d’une simple rencontre ?
Comment trouver ce moi et donc ce nous lorsque le monde dans lequel je me perds refuse de se laisser saisir, de se laisser ébranler dans son fondement ?
Et alors ; s’émerveiller des petites choses. Ne pas perdre le frisson des couleurs, la rencontre de tous les jours avec le vivant, la simple rencontre. Accepter cette recherche perpétuelle de « qui je suis? » de « quelle trace je vais laisser au monde? » , comme un amas de questions auxquelles je ne répondrai ni demain, ni hier, ni aujourd’hui, mais à chaque instant de mon existence. Et que la beauté se trouve à cet endroit-là̀. Dans cette recherche incessante d’équilibre entre soi et les autres, dans le désir de l’instant. Effacer en nous l’idée que nous ne sommes que des biographies, mais bien plutôt des existences traversées.
C’est à cet endroit que démarre Et la Tendresse ?
Avec Et la Tendresse ?, il ne s’agit pas de raconter une histoire, car d’histoire, il n’y en a pas. Nous travaillons sur un long travelling d’existences qui n’a ni commencement, ni fin. Tout n’est que le flux du désir, désir d’être dans le présent de la vie qui s’échappe avec fougue. Nous souhaitons nous plonger dans la tête d’un être humain, retranscrire toutes ces tensions qui peuvent se bousculer en l’espace de quelques secondes.
Une actrice (La Fille qui Marche) s’approche de nous et vient ouvrir son crâne. De la tête de cette inconnue jaillissent quatre figures, quatre absolus qui pourraient s’apparenter à quatre quêtes singulières qui s’opposent, se ressemblent, s’assemblent et s’effacent. Nous assistons au combat entre l’inconnue et ses différents « moi ». Sont-ils, au final, cinq solitudes en recherche d’équilibre ? Ou n’est-ce qu’un seul et même être qui se débat dans des paroles de soi à soi, pour trouver ce qui pourrait s’apparenter à un sens de l’existence ? Nous assistons à une effervescence de flux de conscience qui s’empilent, comme si à travers les infinis singuliers, se dessinait l’universel humain. Dans cette polyphonie de pensées, émerge de une question primordiale : comment aujourd’hui vivre avec panache cette quête du sens de notre existence quand on est jeune ?