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Amitiés

En création

  • Clément Gœthals
    Co-concepteur, metteur en scène
  • François Gillerot
    Co-concepteur, acteur
  • La FACT
    Production
  • La Fédération Wallonie-Bruxelles - Service du Théâtre
    Avec l’aide de
  • Théâtre Les Tanneurs
    Résidence
  • ©Matisse
    Image

Ce spectacle est une déclaration d'amour.
Et elle s’adresse à toi, Blue.
Tu en es le centre, le point de départ.
C’est une tentative de te raconter, par ce que tu as offert et par ce que tu as reçu : l’amitié.
Blue,
Je te regarde t’éloigner.
Pas seulement perdre la vue, pas seulement t’épuiser, je te regarde disparaître, décrocher du monde, lentement, presque sans bruit.
Et moi, en face, je ne sais plus comment t’atteindre.
Alors je me retrouve confronté à ça : des choses que je n’ai pas dites, des moments que je n’ai pas saisis, des gestes qui n’ont pas eu lieu. Et cette sensation tenace que notre amitié, telle qu’on l’a vécue, n’a pas suffi.
Ce spectacle naît de là, il prend une forme théâtrale parce que c'est le seul langage que je connaisse : celui d'une fiction qui réchauffe, qui prend soin et déplace, de corps en vibration, d'images qui frappent au ventre et d'une poésie qui révèle, entre le dragon et la lumière, la puissance vitale.
J’ai plongé dans ce que nous sommes : j’ai rassemblé des souvenirs, des fragments, des récits (les nôtres et ceux des autres, celles et ceux qui t’ont traversé). C’est ma façon de m’adresser à toi, mon ami qui glisse lentement dans la nuit.
Je viens te dire que je suis là.
Même maintenant.
Même si tu ne vois plus rien, épuisé par la douleur, isolé dans ta souffrance silencieuse du haut de tes 33 ans, je suis là.
Tu es né avec une anomalie à l’œil gauche. L’œil qui n’arrête pas de pleurer. Tu es en train de devenir aveugle. Et pourtant, je sais que ce n’est pas ça qui t’a fait basculer. Il y a une autre forme de nuit. Il y a cette cécité du cœur qui s’est immiscée en toi, qui t’a éloigné du monde, qui a grignoté tout ce qui te liait aux autres.
Blue, au moment où je t’écris ces lignes, je sais - et ça me bousille de le dire - mais je sais que tu veux mourir. Ou disparaître. « Délester le monde de ma présence ! » « Ne plus prendre de place. » Ça varie selon les versions. Mais le mouvement reste.
Tu es cramé Blue. Je ne t’idéalise pas, je sais bien à quel point la mélancolie, les tristesses intenses, et la dépression ont toujours été des choses qui vibraient à travers toi. Je le sais. 
Je te vois, je te connais.
Mais tu n’es pas réductible à ça.
Tu es tissé de liens, de regards, de conflits, de complicités. Tu es complexe, vibrant, bizarre, insatiable, excessif, contagieux, insupportable de rêves trop grands, d’agitation jamais rassasiée. Tu as toujours tellement attendu de la vie. Toujours à la recherche de quelque chose qu’on n’a jamais vraiment compris. 
Ton histoire déborde largement de toi, elle parle de nous, de la manière dont on a été ensemble.
Tu perds la foi Blue, tu te retires loin de toutes ces relations qui avant te faisaient aimer la vie. Et moi je deviens l’ami disparu, impuissant, nul.
Ce spectacle nait de cette impuissance, de mon silence.
J’ai eu besoin de replonger dans nos amitiés. Pas pour les embellir, mais pour les regarder en face. Comprendre ce qui s’est joué. Ce qui nous a portés. Et ce qui a manqué. Nos amitiés ont été des refuges, des espaces où tenir, où exister autrement, mais elles ont leurs angles morts, des endroits où l’on n’a pas vu, pas su, pas osé.
Qu’est-ce qu’on fait quand l’un de nous commence à tomber ? Quand la vulnérabilité ne peut plus être esquivée ? Quand elle s’installe, qu’elle dure, qu’elle dérange, qu’elle nous met en échec ?
Est-ce qu’on reste ? Est-ce qu’on sait rester ?
Quel est l’écart entre ce que nous croyons être les un∙es pour les autres et ce que nous sommes réellement capables de faire ?
Je ne viens pas te sauver. Je ne viens pas te réparer, ou me réparer. Je viens me situer. En arrêtant de croire que l’amitié est une évidence suffisante.
Je me tiens face à toi. J’ai été absent moi aussi, je n’ai pas su faire.
Et si on n’en restait pas là ?
Je veux te dire, que je vois bien que ça ne va pas, que je t’entends.  
Je veux te dire que tu comptes. Que tu n’es pas seul. Même dans la nuit.  
Te dire que l’amitié - dans tout ce qu’elle a de chaotique, d’imparfait et de fort – peut encore être un point d’appui, un point d’ancrage.
Je veux te dire que ça vaut peut-être encore le coup, qu’il y a encore des possibilités de fabriquer un peu de lumière.   
Blue. 
Je ne sais pas si ça suffira, mais je ne veux plus que nos amitiés soient des endroits où l’on disparaît en silence.  
Ce spectacle, c’est ça : une tentative de parler enfin, de rester.  
Une tentative d’être présent. 
Une fresque sur l’amitié en trois actes, un récit de vie - pour toi, pour nous.